Fermes auberges, chambres d’hôtes, vente de produits en circuits courts... telles sont les activités de diversification développées depuis de nombreuses années par les agriculteurs pour accroître leur revenu, valoriser leur patrimoine, rechercher des contacts ou tout simplement vivre de leur passion. Placées dans un contexte favorable à leur développement, ces activités sont encore aujourd’hui mal connues.
La région Midi-Pyrénées dispose d’un important patrimoine culturel, d’une richesse de paysages, d’une tradition gastronomique forte ainsi que de nombreux espaces naturels préservés (3 Parcs Naturels Régionaux, le Parc National des Pyrénées). Grâce à cela, la région se classe au 3e rang des régions intérieures d’accueil touristique. L’agritourisme bénéficie de ces atouts, et fait lui-même bénéficier les autres secteurs de sa présence.
En Midi-Pyrénées, 14% des exploitations pratiquent la vente directe et 4% ont une activité agritouristique. Ces proportions augmentent légèrement depuis 2000, malgré la disparition d’un grand nombre de structures agricoles. Les départements les plus spécialisés dans ce type d’activités sont l’Ariège (agritourisme et vente directe), le Tarn-et-Garonne (vente directe) ainsi que le Lot (agritourisme).
Effectifs des exploitations engagées dans l’agritourisme et la vente en circuits courts
| nombre d’exploitations | France métropole | Midi-Pyrénées |
|---|---|---|
| Vente directe | 85 114 | 6 676 |
| Activités touristiques | 16 540 | 1 919 |
| dont hébergement | 11 274 | 1 571 |
| dont restauration | 2 827 | 425 |
| dont autres activités lucratives | 5 582 | 462 |
| part des exploitations (en %) | France métropole | Midi-Pyrénées |
|---|---|---|
| Vente directe | 16 | 14 |
| activités touristiques | 3,1 | 4 |
La diversification engendre un revenu supplémentaire pour les structures agricoles. Au sein de la région, elles sont 6 153 à en retirer un chiffre d’affaires et pour 1 500 d’entre elles, cette activité constitue plus de la moitié du chiffre d’affaires de l’exploitation (source : CRA MP, 2007).
Profil des exploitations enquêtées
La diversification agricole n’est pas réservée aux "petites" exploitations
Avec une SAU moyenne de 51 ha, les exploitations diversifiées enquêtées se placent juste au-dessus de la moyenne régionale pour l’ensemble des exploitations (48 ha). Toutefois, les exploitations pratiquant le maraîchage ou le gavage sont généralement plus petites que la moyenne observée, tandis que les exploitations proposant des produits carnés et (ou) laitiers dépassent cette moyenne. Les exploitations inférieures à 8 UDE [1] ne représentent que 24% de l’échantillon contre 38,4% au niveau régional.
La ville influence la taille et la nature des systèmes d’exploitation
Proche des grandes villes, les exploitations sont de surface plus petite et les produits de type "fruits et légumes" sont plus fréquemment proposés, contrairement aux produits laitiers.
Une part importante de sociétés
Malgré une majorité d’exploitations individuelles, les formes sociétaires sont nombreuses. Elles représentent 40 % de l’échantillon contre 22 % dans l’ensemble de Midi-Pyrénées. Le statut juridique de l’exploitation peut s’expliquer par une SAU plus importante de l’exploitation et par un plus grand besoin de main-d’oeuvre.
Polyculture-élevage et ovins d’abord
Les orientations techniques polyculture-élevage et ovins sont majoritaires. Comparés à la répartition de l’ensemble des exploitations midi-pyrénéennes, les systèmes maraîchage, arboriculture, viticulture et granivores sont sur-représentés, à l’inverse des systèmes grandes cultures.
Répartition des orientations dans l’échantillon
| Echantillon | Midi-Pyrénées | |
|---|---|---|
| Polyculture-élevage | 23 % | 18 % |
| Ovins-caprins | 20 % | 18 % |
| Granivores | 13 % | 4 % |
| Grandes cultures | 13 % | 22 % |
| Bovins-viande | 10 % | 17 % |
| Maraîchage-arboriculture | 10 % | 9 % |
| Viticulture | 8 % | 4 % |
| Bovins-lait | 3 % | 7 % |
La vente en circuits courts
Une place essentielle dans l’exploitation
Dans plus de 3⁄4 des cas, l’agriculteur enquêté considère la vente en circuits courts [2] comme essentielle pour le maintien de son exploitation. La valorisation des produits est la première motivation citée. Les circuits courts permettent d’accroître la marge sur les produits et d’avoir un contact avec le client. En revanche, ils engendrent une charge de travail supplémentaire et demandent une disponibilité plus importante de l’exploitant.
Types de produits vendus en circuits courts dans l’échantillon
Des produits variés mais aux caractéristiques spécifiques
Viandes et produits laitiers sont plus particulièrement proposés en zone de montagne, à la différence des palmipèdes gras gavés et du vin qui y sont peu présents. La vente en circuits courts est développée depuis plus longtemps chez les producteurs de palmipèdes, en revanche elle est plus récente chez les producteurs de fruits et légumes. La vente de produits laitiers, de vin ou de palmipèdes a nécessité généralement des investissements préalables lourds, car ces produits sont souvent transformés par l’agriculteur.
Types de produits vendus en circuits courts dans l’échantillon (n=63)

Modes de vente et clientèle ciblée
Les modes de commercialisation sont très variés, le plus fréquent est la vente à la ferme pratiquée par plus de 80% des exploitations. Dans la grande majorité des cas, au moins deux modes de commercialisation en circuits courts sont utilisés. La clientèle touchée est avant tout locale (échelle du département). Pour se faire connaître, les producteurs utilisent surtout le bouche à oreille ainsi que les marchés et les foires.
L’agritourisme
L’agritourisme, activité complémentaire
L’agritourisme [3] représente le plus souvent une activité complémentaire en terme de revenus pour l’exploitation, sauf pour les fermes auberges où elle est prépondérante.
Les motivations pour l’exercer sont diverses. Parmi elles on retrouve : la demande des consommateurs, le besoin d’un revenu complémentaire, la création ou le changement d’activité, la valorisation du patrimoine. Le contact est de toute évidence l’avantage principal de ces activités, les inconvénients majeurs sont encore une fois la charge de travail et la disponibilité.
Prestations proposées
Parmi les prestations proposées, l’offre en hébergement est la plus importante (74%), suivie par les loisirs (30%) et la restauration (18%). Par ailleurs, 44% des personnes engagées dans l’agritourisme vendent également une partie ou la totalité de leurs produits en circuits courts.
Types de prestations agritouristiques dans l’échantillon (n=43)

Une promotion adaptée à une clientèle touristique
La clientèle ciblée par l’activité agritouristique dépasse les frontières régionales. Bien que le bouche à oreille soit le plus développé, les exploitants font souvent appel aux réseaux agritouristiques et à Internet pour la promotion.
Importance socio-économique de ces activités
Le chiffre d’affaires et les emplois des "circuits courts" ont été estimés par post-pondération [4] sur les résultats de l’enquête. Ainsi calculé, le chiffre d’affaires de l’agritourisme se situe aux alentours de 46 millions d’euros, à plus ou moins 8 millions d’€ près.
Pour les circuits courts, il s’élève à 560 millions d’euros (avec une incertitude de plus ou moins 80 M€). Pour rappel, le chiffre d’affaires de l’agriculture régionale hors viticulture a été estimé à 3 880 M€ dans les comptes de l’agriculture [5].
Le nombre d’emplois obtenus après pondération peut être rapproché des estimations de l’emploi agricole calculé par l’INSEE, ou du volume de travail en agriculture que le Service des Statistiques et de la Prospective (SSP) mesure en Unités de Travail Agricoles (UTA). Cela permet d’évaluer la part de ces secteurs dans l’emploi des exploitations agricoles de la région.
Estimation du poids des activités en région Midi-Pyrénées basée sur l’enquête menée
| IMPACT ECONOMIQUE | Agritourisme | Circuits courts | Ensemble de l’agriculture régionale |
|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires hors viticulture | 46 millions € | 560 millions € | 3 880 millions € |
| Part de l’activité dans le total régional | 1,2 % | 14 % | |
| Part du chiffre d’affaires de l’atelier dans le CA de l’exploitation | 23 % | 64 % | |
| IMPACT SOCIAL | Agritourisme | Circuits courts | Ensemble de l’agriculture régionale |
| Nb UTA estimé par l’enquête | 1 050 | 12 400 | |
| Nb UTA total (SSP : enquête structures 2007) | 63 300 | ||
| Nb d’emplois total (INSEE : enquête annuelle d’emplois 2007) | 60919 | ||
| Part du secteur dans le total régional | 1,7 % | 20 % |
Part de l’activité au sein de l’exploitation, des disparités présentes
L’agritourisme représente 1,2 % du chiffre d’affaires de l’agriculture régionale et 1,7 % des emplois agricoles de la région. La part du chiffre d’affaires est souvent faible, sauf s’il s’agit de restauration à la ferme. Malgré cela, l’activité touristique permet un maintien voire une revalorisation du patrimoine.
Part du chiffre d’affaires agritourisme selon le type de prestation

Des disparités existent selon le type de prestation et la dimension économique des exploitations agricoles. Ainsi, les structures inférieures à 16 UDE sont les plus spécialisées. De plus, l’activité agritouristique est prépondérante (plus de 50% du chiffre d’affaires) chez 3⁄4 des fermes auberges contre seulement 27% dans le cas des prestations de loisirs.
La production, la transformation et la commercialisation de produits en circuits courts représentent 14 % du chiffre d’affaires de l’agriculture régionale et 20 %des emplois agricoles de la région. On observe des disparités : dans le cas des exploitations spécialisées en bovins- viande, la part du chiffre d’affaires en circuits courts est faible, tandis que pour les autres types de spécialisation, la part des circuits courts est élevée, voire très élevée.
Part du chiffre d’affaires des circuits courts en fonction de l’orientation technique

Les territoires bénéficient de ces activités
Agritourisme et vente en circuits courts nécessitent des investissements parfois élevés et qui, très souvent, sont réalisés par des entrepreneurs locaux. Ces activités entrainent également des dépenses touristiques locales. Enfin, aux dires des agriculteurs enquêtés, elles ont un effet de lien social et un rôle éducatif. Certains enquêtés citent ce point pour justifier leur choix d’orientation.
La taille des ateliers est liée aux personnes
Le dimensionnement des ateliers dépend surtout des histoires personnelles, de l’ancienneté de l’activité, du nombre de personnes impliquées, de leur professionalisme et peu du contexte local. En effet, les plus gros ateliers ne sont pas nécessairement situés à proximité d’une ville ou d’un site touristique. De plus, ils ne nécessitent pas forcément les plus gros investissements financiers.
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