Pourquoi et comment avez-vous mis en place ce projet ?
Après 12 ans de journalisme dont 4 à traiter des questions d’agriculture et d’environnement, je souhaitais non plus être témoin mais acteur. Initialement le projet était uniquement arboricole : 2 à 3 hectares de vergers plein vent conduits en traction animale. Le foncier ayant été acquis grâce à la Safer, je devais devenir agricultrice à titre principal dans les deux ans. J’ai donc passé un BPREA maraîchage bio afin de pouvoir avoir un revenu rapidement grâce aux cycles courts de la production de légumes. Les deux types de culture sont très complémentaires. Sur une petite surface, je développe une très grande diversité de fruits et de légumes, j’apporte une attention particulière aux variétés anciennes. Les investissements ont été très faibles au démarrage et progressent chaque année au rythme de la production. Les deux premières années, il n’y avait que des cultures maraîchères de plein champ. Depuis fin 2007, des tunnels permettent une production légumière plus régulière et hivernale. J’ai fait le choix de réveiller doucement le sol, sans trop d’apport et sans retournement excessif. Les résultats ont donc été plus lents. Mais l’équilibre du sol se fait peu à peu et de manière durable. Aucun produit phytosanitaire n’est utilisé. Abeilles, bourdons assurent la pollinisation, même dans les serres. Coccinelles, chrisopes, épeires, guêpes, etc. sont des alliés présents depuis 4 ans. Des variétés de papillons devenues rares sont réapparues spontanément et durablement. Tous les semis de printemps (tomates, aubergines, poivrons, etc.) sont effectués sur des "couches chaudes" composées de fumier de cheval. En fin de saison, le fumier est épandu sur les parcelles.

Comment se situe votre exploitation sur le marché, dans votre territoire ?
Avant même que je sois installée, les responsables d’une AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne) qui venait de se créer à Muret sont venus me voir pour me demander d’être leur productrice. Au début, je n’étais pas très chaude. Les résultats des analyses de sol étaient prometteurs pour l’arboriculture, beaucoup moins pour le maraîchage. Des 14 paniers de la première année, je livre aujourd’hui 32 paniers hebdomadaires, soit environ une cinquantaine de familles. Outre l’alternative économique qu’offre ce nouveau modèle de commercialisation, c’est la formidable aventure humaine qui m’enthousiasme dans ce concept. Parallèlement, je fais de la vente directe à la ferme et un petit marché dans une commune voisine. J’ai eu beaucoup de chance aussi quant à l’environnement : entraide entre voisins et avec de nombreux maraîchers expérimentés proches géographiquement.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait construire un projet similaire ?
Pouvoir donner du temps au temps. La biodiversité ne se recrée pas en un ou deux ans. L’expérience du métier non plus. Ayant fait le choix de ne faire aucun compromis et de limiter le plus possible les intrants, les trois premières années ont été difficiles d’un point de vue économique et physique. Ce choix pouvait se justifier dans la mesure où mon conjoint travaillait à l’extérieur et pouvait assurer le revenu familial. Depuis 2 ans, la production s’est considérablement développée, l’équilibre financier est presque atteint et j’ai même pu employer des saisonniers.










