L’apport d’engrais azoté est quasiment sans effet sur la production d’herbe dès que le taux pondéral annuel de légumineuses dépasse 40 à 50 %. Pour un taux inférieur, l’apport d’azote est nécessaire pour l’obtention de la production maximale. La détermination de la dose N nécessaire pour chaque cycle peut se concevoir à partir d’un calcul fondé sur le bilan prévisionnel de l’azote à l’échelle du cycle de production ou de la saison.
Quelle quantité d’azote pour chaque cycle de production ?
En se fondant sur la connaissance de la dynamique de l’azote dans le sol et sur les quelques références régionales disponibles on peut proposer les ordres de grandeur suivants à ajuster en fonction de la minéralisation de N organique du sol, du taux de légumineuses et des objectifs assignés à la parcelle qui sont les principales sources de variation des doses N à apporter.
Il est possible de préciser ces ordres de grandeur et ainsi de vérifier le bien fondé des recommandations de fertilisation en calculant des états nutritionnels (cf. formule page 13) à partir des teneurs en azote de l’herbe. De telles mesures réalisées sur un ensemble de parcelles d’une petite région peut permettre à un conseiller de préciser son référentiel.
C’est en fin d’hiver et au début du printemps que les doses N les plus élevées sont nécessaires car la minéralisation de l’azote organique du sol est lente à cause des températures basses. En été, le manque d’eau est responsable de la mauvaise utilisation de l’azote des engrais.
S’il pleut en été la croissance de l’herbe peut être importante à condition que l’azote soit disponible. Or à cette époque la minéralisation est importante et l’herbe bénéficie en plus de l’azote restitué par les animaux au cours des pâturages de printemps. L’apport d’engrais azoté peut donc être réduit voire supprimé dans le courant de l’été lorsque la prairie a été pâturée au printemps.
Coût de la fertilisation azotée : choix des engrais N
Les plantes prairiales utilisent indifféremment l’azote absorbé sous forme NO3- ou NH4+. Les différences d’efficacité des engrais azotés pour la production des prairies ne s’expliquent donc que par les pertes susceptibles d’intervenir. L’azote nitrique peut être lixivié, mais essentiellement en hiver. Il peut aussi être perdu par volatilisation après dénitrification dans les sols affectés par l’excès d’eau. Quelle que soit son origine le devenir de l’ion nitrate dans le sol est le même.
Au cours de sa transformation, l’urée produit de l’ammoniac (NH3) qui peut être perdu par volatilisation d’autant plus qu’au moment de l’apport le sol est sec, son pH élevé et sa capacité d’échange faible et que le temps est chaud et venteux. Dans les sols calcaires l’ion ammonium de certains engrais peut en partie être transformé en ammoniac et perdu par volatilisation. Ce type de perte est cependant moins important que pour l’urée.
Les fortes pertes par volatilisation susceptibles d’intervenir après un apport d’urée à la surface du sol conduisent à ne conseiller cet engrais que sur sol humide ou encore mieux juste avant une pluie et de préférence en période froide plutôt que par temps chaud. Les engrais à base d’urée sont donc à réserver pour les apports de fin d’hiver et de début de printemps.
Les engrais contenant de l’azote nitrique ou ammoniacal peuvent être utilisés en toutes circonstances.
Azote et légumineuse
Les légumineuses satisfont leurs besoins azotés à partir de l’azote minéral du sol qui est la source privilégiée par la plante et à partir de la fixation symbiotique de l’azote de l’air. La part de celle-ci ou taux de fixation, est d’autant plus grande que la disponibilité en N minéral dans le sol est faible. Elle varie de 25 % à 90 % selon les circonstances. Par le biais de la minéralisation des organes sénescents ; tiges, racines et feuilles, et des exsudats racinaires, une partie de l’azote fixé par la légumineuse est transférée aux plantes non symbiotiques associées. Pour le trèfle blanc ce transfert représente à l’échelle de l’année, environ 50 % de l’azote contenu dans la partie aérienne d’une prairie pâturée. Ainsi dans une prairie pâturée qui produit 10 t MS/ha et dont le TB représente 30 % de la biomasse la fixation symbiotique fournit à la prairie de l’ordre de 140 kg N/ha.
Le fumier et l’azote
Environ 10 % de l’azote sont présents dans le fumier sous forme minérale et sont donc directement disponibles pour le cycle de croissance qui suit l’apport. Environ 20 % sont minéralisés l’année qui suit l’apport et tout particulièrement au printemps pour des raisons liées à l’humidité de la surface du sol. Les 70 % restants sont plus ou moins rapidement incorporés dans le sol où ils accroissent le stock d’azote organique dont ils épouseront le devenir. Cette fraction sera ainsi par la suite lentement minéralisée (1 à 2 % par an).
A l’échelle de l’année le coefficient d’équivalence ammonitrate de l’azote des fumiers de bovins est de l’ordre de 0,20 à 0,30. Plus de la moitié est libéré au printemps.
Au cours du compostage l’azote minéral du fumier est en grande partie organisé. Ainsi l’effet immédiat de l’azote minéral disparaît ce qui explique que l’effet azote d’un compost est généralement plus faible que celui du même fumier non composté.










